Galerie des Affiliés > Anne VAN DER LINDEN
La peinture dAnne van der Linden est-elle SCANDALEUSE ? Certes, Clovis Trouille qui affirmait : « On a toute licence en art, à condition que cela soit peint ( ) », aurait observé avec intérêt cet univers qui semble tout droit sorti des imageries médiévales dépeignant lenfer, et plus spécialement les tortures épouvantables réservées aux coupables de concupiscence, de luxure et dimpudicité.
Mais dépassant les obsecenae romanes, les scènes de Bosch, les fresques renaissance de la cathédrale dAlbi, Anne van der Linden laisse entrevoir ce qui reste souvent caché : les ouvertures, les béances, les humeurs, les écoulements
Ici, donc, point de censure ! Pénis et vagins sont au rendez-vous, multipliés, grossis. Dailleurs, Anne van der Linden concède avec la plus grande liberté : « J'ai des fantasmes d'une cruauté infernale... Il m'est donc plus facile de les vivre à travers mes toiles que dans la réalité ». La matière des toiles est travaillée charnellement : tons rompus explorant toute la palette des bruns, et matière rendue sculpturale par un traité en épaisseur, où chaque partie du corps, semble animée dun mouvement propre. Liconographie complexe des oeuvres est dautant plus étonnante quen contrepoint aux mises en scènes dune sexualité débridée, les visages qui surplombent les corps impudiques restent la plupart du temps comme absents et lointains, à peine concernés par ce à quoi ils participent. Il devient ainsi impossible de qualifier ces œuvres du simple exhibitionnisme. Pas plus de pornographie, car celle-ci na quun but : exciter. Or lunivers dAnne van der Linden nest pas une « fête pour les yeux », et souvent elle plonge le spectateur là où « personne na envie de voir », comme dit Jean Rouzaud. Celui ci concède aussi que cest justement cet univers « dégueulasse » qui fait toute sa spécificité, sa puissance et sa beauté.
Anne Van der Linden est de ces peintres inclassables qui, comme Clovis Trouille, choisissent laffirmation de la réalité interne au mépris du monde extérieur. Son œuvre traverse le Styx dune rive à lautre. Rendue invulnérable par cette sublimation, rendue au désir, van der Linden laissent sépanouir un érotisme non disciplinaire qui est le travail du deuil et de limaginaire. Il faut avoir le regard libre pour savourer pleinement ces œuvres, ne pas se sentir surveillé. Gageons que ceux qui ne sont pas de ceux-là en entrant sur ce site, le seront à la sortie.
Fabienne Pons
