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Avec Baloup, il s’en passe des choses dans une cathédrale ! Une pêcheresse non repentie, pin-up autant que travesti, est l’avant-scène d’une toile immense.  Sa chair un peu triste, ses avant-bras de reptile, son apparat érotique convoquent l’attirance et la répulsion : C’est la figure centrale d’une ambiguïté générale qui n’est pas sans rappeler certains propos de Clovis Trouille. L’œuvre est à lire comme une peinture ancienne, avec plusieurs espaces : des cieux  très académiques, une petite abside où Baloup place une vieille fresque byzantine, et la confrontation à l’étrange : le christ bascule sur sa croix vers la créature, les orgues crachent des sons enflammés, et tout cela amuse beaucoup la mort, alanguie sur velours rouge. C’est résolument baroque, et Baloup nous donne une belle leçon d’hétérodoxie.
Ambiguïté donc, et tension dans les oeuvres de Bruno Baloup : entre action et immobilité, entre le dedans et le dehors des êtres, entre l’instant vécu et l’instant précédant.
Rendre compte du temps, inclure ce paramètre dans l’œuvre picturale. Comment ?  Un même personnage accomplit deux gestes l’un après l’autre, et se trouve ainsi figuré à quatre membres. Saint-Antoine a une double tête qui dit son dilemme. Une unité de femme se décline en trois, les trois ages de la vie: quelques réponses de Baloup à cette recherche! Son travail en ce sens évoque parfois l’archéologie : il y a des couches à dégager.
Avec humour et décalage, Baloup nous propose de revisiter des grands thèmes culturels, empruntés à tous registres , pour dire le désir et la tentation, le voyage et le repos exquis, l’étrange altérité, les confrontations… la vie en somme !
Sa Tentation de Saint-Antoine frappe par le contraste du hiératisme et du grotesque. Bruno Baloup a parcouru à sa façon le chemin de création que Flaubert lui a inspiré : « Prenant un sujet où j'étais entièrement libre comme lyrisme, mouvements, désordonnements, je me trouvais alors bien dans ma nature et je n'avais qu'à aller. Jamais je ne retrouverai des éperduments de style comme je m'en suis donné là. » lettre de Flaubert à Louise Colet.16 janvier 1852 »
Quand il décline en 8 tableaux Wozzeck, l’opéra d’Alban Berg , les personnages sont  traités dans une ambiance qui convoque l’expressionnisme allemand. Face à la toile, c’est en effet toute sa propre histoire qui habite Baloup; et sa sensibilité d’enfant strasbourgeois l’a amené à regarder outre-Rhin. Une incroyable perspective nous happe au centre du tableau : nous devenons l’omniscient placé au-dessus de la scène d’auberge. Bruno Baloup sait rendre le côté charnel qui provoque la rage de Wozzeck, et le contraste grinçant entre la fête et sa folie. Merveilleuse trouvaille poétique : l’enfant de Wozzeck, le petit bâtard, avance vers nous en empruntant le chemin des touches du piano.
Baloup a l’appétit de la chair; la travailler « de l’intérieur » est une autre tentative audacieuse de cet artiste : l’endoderme existe autant que l’épiderme. C’est pourquoi il use aussi d’une palette haute en couleur et de glacis. Sa peinture donne ainsi forme à une expérience affective et sensorielle, au psychisme, au fantasme.
« Je campe d’abord la chose largement, puis je reste assis devant cette première ébauche. Je me lève ensuite, pour des aller-retours vers la toile. Ensuite, je me sens artisan, je traite morceau par morceau, comme un tapissier. » précise Bruno Baloup. Cette exigence picturale du détail le rapproche de Clovis Trouille : dans sa lignée, Bruno Baloup a le désir de densifier toute la toile. Est-ce pour cela que l’on s’approche d’une toile de Baloup, pour immense qu’elle soi ? Impossible de résister au plaisir de goûter au plus près la somptuosité d’un costume, ou le visage d’un personnage. Et on recule aussi, pour mieux voyager dans ses perspectives audacieuses : vision à 360 °, ou plongeante ; composition concave qui nous ramène comme une vague…tout est possible !
Bruno Baloup, libre magicien de la mise en scène, nous invite à retrouver une figuration sonnante et trébuchante. Nous sommes emballés !

Fabienne Pons







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