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Vice-président de l’association Clovis Trouille, Clovis Prévost est l’auteur de la monographie de Clovis Trouille : Parcours à travers l’œuvre de Clovis Trouille. Magnifique ouvrage de référence. Reconnu dans le milieu artistique, Clovis Prévost est depuis des années le partenaire incontournable des manifestations qui présentent des œuvres de Clovis Trouille.
Cinéaste et Photographe hors du commun, Clovis Prévost recueille, chez les marginaux de l’art brut autant que chez les maîtres reconnus, l’alchimie fragile et complexe qui sous-tend la création.
Le regard que Clovis Prévost pose sur les artistes est à l’opposé d’une objectivation clinique, et d’une certaine condescendance. La proposition respectueuse de ses portraits d’artistes serait plutôt: « Je ne sais rien, donnez-moi à voir ».
Après des études d’architecture à l’École des beaux-arts de Paris Clovis Prévost se tourne vers le cinéma et la photographie. Dans la lignée de cinéastes comme Van der Keuken, Clovis Prévost interroge les limites éthiques de son travail : volonté de regard avant tout, il choisit de s’effacer derrière la complexité de ceux à qui son œuvre rend hommage.
Il a publié avec Robert Descharnes La vision artistique et religieuse de Gaudi dont il est le photographe et le co-auteur. Mandaté pour diriger le département cinéma d’Aimé Maeght producteur entre 1969 et 1975, Clovis Prévost a réalisé une vingtaine de courts et moyens métrages et abordé les plus grands : Antoni Tàpiès, Pol Bury, Eduardo Chillida, Joan Miró, Salvador Dali, André Malraux, Alexandre Calder … Clovis Prévost a partagé leur intimité d’artiste en conjuguant regarder et recevoir.

Le cadre de la photo, du film, est la trace du cadre de confiance et de respect réciproque que Clovis Prévost est parvenu à instaurer dans ces confrontations.
Rimbaud affirmait : « Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant ». Clovis Prévost est de ceux-là. Une poésie particulière émane de ses films comme de ses photos : en elle se lit la propre conception poétique et esthétique de Prévost, sa discrétion et aussi…sa noblesse.
Les ouvrages de Clovis Prévost sont toujours co-signés Claude Prévost, sa femme, auteur et cinéaste, tisseuse de liens qui, avec Clovis, fouille et interroge les référents, livres, documents divers.
Tous deux ont coréalisé une série télévisée de 8 films, consacrée aux Bâtisseurs de l’Imaginaire, (Mr G. ; Chomo ; Tatin ; Garcet ; Irial Vets ; Picassiette ; Fernand Châtelain ; et un court et un moyen métrage : Le Facteur Cheval, où le songe devient la réalité).
Ces travaux nous permettent de comprendre leur passion et leur quête: découvrir et faire découvrir des créateurs de « l’art brut », tel que l’a révélé Dubuffet. Ces artistes qui ne se préoccupent ni du regard d’autrui, ni bien-sûr du commerce de l’art, accouchent en catimini d’une œuvre de médium qui les dépasse et s’impose à eux.
Les archives constituées par Claude et Clovis Prévost sont d’autant plus précieuses que souvent rien ni personne ne protège nombre de ces productions parfois intransportables.
Qu’ils soient déclarés « malades mentaux » ou simplement marginaux de notre société, les artistes « d’art brut » possèdent la même « différence » qui fascine les Prévost : cette capacité à être suffisamment protégés des poncifs pour produire quelque chose qui, toujours, nous confronte à notre résistance, et l’éprouve. Ces œuvres nous permettent de jauger nos limites, ce que nous ne pouvons regarder en face.
Comment donc s’étonner de l’intérêt que Clovis Trouille a suscité chez Clovis Prévost ? Clovis Trouille réunit dans son oeuvre l’art culturel et l’intempérance. La rencontre des deux Clovis était une évidence !
Fabienne Pons
