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Eugène N’Sondé ne sculpte pas sur le motif : ses personnages sont des images mentales construites au fil d’une expérience du regard et de la matière. Il magnifie spécialement la femme noire, mère ou amante, lourde ou élancée, dont la beauté sous ses doigts devient universelle. En cela, il se situe bien dans la lignée de Clovis Trouille qui affirmait : « …il me semble qu’un artiste qui ne sent pas la femme ne peut être un bon artiste. Mon œuvre est un chant d’amour à la femme. »
Eugène N’Sondé nous amène à découvrir l’expression du corps comme révélatrice de l’âme, avec ses désirs, ses tourments, sa volonté, et comme stigmate de la mémoire d’une vie ou d’un peuple. Servie par une patine aussi savante que secrète, la terre murmure, parle, crie, résiste. L’œuvre est splendide.

Ami de longue date des fondateurs de l’association, Eugène N’Sondé est un sculpteur remarquable et un homme discret. Ses œuvres nous touchent au plus profond, parce qu’elles savent réunir d’une part l’ancrage archaïque de l’humanité, retranscrite par la matière qu’il utilise et la facture de son modelage, et d’autre part l’élévation spirituelle qui est le fait de l’artiste quand il sert les rêves des hommes. C’est aussi un passeur : il aime enseigner ce bonheur renouvelé de faire émerger de l’argile la forme à bâtir. Modeler, c’est dans les mains d’Eugène inventer et décliner Eve . Cela tombe bien, nous aimons les Dieux féministes !
 Fabienne Pons, mars 2008.

 « Terra Terre. De la surface terre, Eugène N’Sondé en est l’arpenteur qui s’enchaîne à ses frères dans l’articulation de leur exode, de leur exil. De ses compatriotes congolais, il en est la voix qui laisse parler ses mains pour nous conter leur mise à terre. La voix sans détour d’une voie sans retour ! Nature de l’âme n’sondienne, la terre est la forme visible pour accrocher le regard afin qu’il recouvre la mémoire. collective de la longue errance de ces apatrides victimes des guerres fratricides, ce sournois mal ethnique.
Sous des doigts de fée, avec l’esprit humain, le cœur d’un père et l’âme artiste, la terre qui coule dans les veines de N’Sondé fait acte de chair et prend corps. Ainsi naît son Humanité terra terre dans une sculpture qui ne porte que deux couleurs, l’une physique, l’autre métaphysique. En allant au plus profond de la matière, Eugène N’Sondé fait pousser et vivre près de lui celles et ceux qui furent poussés loin de chez eux. À la fois espace mental, espace physique, espace de la sculpture, ses œuvres sont le phénix des hôtes de sa terre. Et le sculpteur en dérobe le feu pour attiser notre esprit sur un monde qui existe, celui inhumain infligé par les humains et sur un monde qui n’existe plus, celui de ses pairs déportés, empêchés de vivre sur leur lieu de naissance.

 Les pigments sont certes un état de ce qui est la réalité des souffrances d’une nation rongée par la belligérance civile mais la terre nous montre aussi sa viduité dans ses réels dommages collatéraux : un sol bafoué, miné, pillé, pollué. Et si l’artiste prend un peu de leur terre ce n’est pas pour la suicider mais pour ériger la verticalité de la vie, celle de ces pèlerin(e)s de l’exil aux pieds nus qui, pour sauver leur peau, lorgnent du côté de l’effroi et qui, pour demeurer entre eux, guignent un terreau hostile où ils ne sont pas invités, s’avançant ainsi dans le sens contraire de la marche de leur pays, à rebours de leur patrie. Effacement des sujets, les corps deviennent écriture irréductible. Et l’on peut lire cette gestuelle comme une indexation du réel d’un peuple tyrannisé, assigné à résidence mais hors de lui.
Alors, épreuve physique, la terre, réceptrice de la sculpture, devient la nouvelle carte des corps humains qui reste conditionnée à cette géographie heimatlos, leur substitutive nation au ciel de leur légitime nomadisme qui guide nos pas dans la diaspora noire, interrogeant également la propre négritude de l’artiste. Dans leur départ d’une vie qui s’écroule, dans leur avenir qui ‘fout le camp’, l’exode est résistance immobile. La terre, écho sculptural d’un état de ces êtres inquiets d’être qui se lovent dans leur nostalgie, qui se terrent dans leur(s) attente(s) et qui, dans l’écoulement des évènements, se tiennent à l’écoute des respirations d’espoir comme des tumultes de Brazzaville, pour une décision capitale. Avec sa révolte terrienne à la cruauté, l’artiste n’a pas besoin de la parole pour défendre la cause noire et relever son Afrique terra terre. Dans leur malheur statufié, Eugène N’Sondé fait devoir de sculpture qui, elle, nous donne une leçon d’humilité, une leçon d’humanité, une leçon d’être. »

Christian-Benoît LANNES - Article paru dans  « Univers des Arts » -  numéro de février 2007








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