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Fabrice Beghin, capté lui aussi par cette légende, nous invite à un voyage en réminiscence, liant par une sorte de « collage » de nos mémoires,  la Tentation de Flaubert aux images de notre monde, excessif et brutal.  Fabrice Beghin, solide et serein,  utilise pleinement et joyeusement la matière, et impose à la toile une peinture d’images puissantes et intenses, sans se départir de la part du mystère.
Ses études aux écoles des Beaux-arts lui permettent de s’exprimer aussi bien par les différentes techniques picturales que par la gravure sur cuivre. C’est un artiste reconnu : parmi plusieurs acquisitions publiques de ses œuvres  signalons, en 1996, celle du FRAC Ile de France.    


Rops écrit à  propos de la Tentation, à son ami le peintre François Taelemans en 1878:
« Le sujet est facile à comprendre; le bon Saint Antoine, poursuivi par les visions libidineuses, se précipite vers son prie-Dieu, mais pendant ce temps-là, Satan - un drôle de moine rouge - lui fait une farce; il lui a ôté son Christ de la croix et l'a remplacé par une belle fille, comme les diables qui se respectent en ont toujours sous la main ».  A l’instar de  ce propos figuratif, on peut suggérer que si la Tentation attire un   Flaubert, toute sa vie exaspéré par le dogmatisme, c’est peut-être parce que cela lui donne l’occasion d’exprimer son point de vue sur une religion qu’il envisage  comme une abstraction  poétique. D’ailleurs son récit a plus à voir avec les formes sensibles de l’image et de la peinture, qu’avec un référentiel historique. Alors, dans la mesure où la religion est à sa manière une expression artistique, Antoine se doit d’incarner l’Artiste, en l’occurrence  réservoir de nos visions oniriques et sulfureuses aux beautés jamais égalées.
Dans son tableau Simon et Hélène, Fabrice Beghin restitue un passage du récit qui fait intervenir Antoine, Simon et Hélène.
« Antoine écoute. La flamme se rapproche.
Et il voit venir une femme qui pleure, appuyée sur l’épaule d’un homme à barbe blanche.
Elle est couverte d’une robe pourpre en lambeaux. Il est nu-tête comme elle, avec une tunique de même couleur, et porte un vase de bronze, d’où s’élève une petite flamme bleue.
Antoine a peur -  et voudrait savoir qui est cette femme.
(Simon) : C’est une jeune fille, une pauvre enfant, que je mène partout avec moi. »
Au centre de son tableau, Beghin nous montre Hélène et Simon s’adressant à Antoine.
Mais Antoine, comme l’Artiste, n’est pas représenté…

Sur le plan pictural, Beghin interroge la manière de peindre et cherche constamment le rapport idéal que doit entretenir  la forme avec la couleur, et il ne retient de la perspective que ce qui sert l’émotion qu’il veut produire, en évitant la facilité des déformations outrancières.
Dans le tableau  Sous l’arène, désopilante histoire de gens qui vont être incessamment bouffés par les lions, Fabrice Beghin utilise les techniques traditionnelles de la représentation figurative, attentive à un agencement harmonieux des personnages. La palette des couleurs, dans un clair-obscur dans  que n’auraient pas désavouée certains maîtres italiens, tend à créer l’aspect pathétique et dramatique du sujet.
« Puis, la voûte d’une prison l’environne. Des barreaux, devant lui, font des lignes noires sur un fond bleu ; et à ses côtés, dans l’ombre, des gens pleurent et entourés d’autres qui les exhortent et les consolent.
Au dehors, on dirait le bourdonnement d’une foule, et la splendeur d’un jour d’été. »

Il suffira à Fabrice Beghin d’évoquer une présence féminine par une paire de chaussures chic et sexy  de couleur rouge, pour s’approprier la Tentation de saint Antoine, et dénoncer avec  humour   une société prête à bouffer les gens d’en bas, ou pire encore, à les ignorer.

 Peut-être ce  peintre sensible et attachant  doit-il au graveur la densité de son regard.


Henri Lambert




















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