Galerie des Affiliés > Gérard LATTIER
Dans les années 60, un collectionneur américain fait se rencontrer Clovis Trouille, Pierre Molinier et Gérard Lattier : les maîtres de l’Art Noir adouberaient le jeune élève. A cette époque, le pacte avec le diable, les métamorphoses, les rapports entre le devenir et le passé, le désir et le désir de destruction de la chose désirée, sont les thèmes récurrents de l’iconographie du jeune Gérard Lattier. Ces représentations effrayantes, magiques, voire animistes, parlent haut et fort, dans la nécessité sans doute de sublimer ce qui est impossible à dire. La psychanalyse y devinerait peut-être de la souffrance, des représentations refoulées de la petite enfance; et pourquoi pas une part de ce qui est imprimé en nous des peuples primitifs ?







Séduit, Clovis Trouille encourage le jeune artiste dans cette voie, comme en témoigne leur correspondance(1). Mais on dit qu’il n’est pas donné à l’homme de dépasser son tempérament sans en payer le prix. Voilà donc ce qui arriva : au cours de ce voyage obsessionnel au pays de l’Anti-tout, Gérard Lattier tombe gravement malade, au point d’être atteint de cécité temporaire.

Inclassable, Gérard Lattier ? Certes, autodidacte, il ne peut prétendre à aucune obédience institutionnelle et déjoue les spécialistes darwiniens de l’Histoire de l’Art.
Pourtant, à y regarder de plus près, on ne peut s’empêcher en regardant ces œuvres de jeunesse de faire des liens avec celles des artistes belges James Ensor et Félicien Rops, et plus encore celles de l’autrichien Alfred Kubin. Comme eux, il nous propose de confronter Eros et Thanatos dans l’inquiétante étrangeté d’un monde fantastique, archaïque et monstrueux.
Lattier n’a rien connu de la vie de Kubin, qui a approché la folie au même âge que lui; pourtant leurs œuvres témoignent toutes deux d’un être assailli d’images et d’impressions, comme contraint à peindre les choses cachées derrière les choses qu’il voit.

Gérard Lattier est sorti de cet univers obsessionnel comme il y était rentré : par instinct.

Aujourd’hui, homme authentique et convaincant, il nous invite à réfléchir de manière légère à nos forces instinctives, par le biais d’une peinture qui n’a de la naïveté que l’apparence.

Entouré des siens et de ses amis, depuis sa garrigue salvatrice, il poursuit ses métamorphoses au travers d une expression picturale totalement nouvelle : Proches de l’ex-voto, ses tableaux sont ceux d’un peintre- conteur. En effet, Gérard Lattier nourri sa peinture de l’iconographie des imagiers médiévaux. C’est ainsi que cet artiste populaire sincère et cultivé trouve l’expression de sa libre pensée occitane.

Art brut ? Naïf? Populaire ? Certainement, la peinture de Gérard Lattier est difficilement saisissable par les spécialistes.

Et si c’était de la peinture fraîche?

Henri Lambert. décembre 2007








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