J'ai rencontré Guo Jin à Chongqing par un temps caniculaire et dans un paysage aux formes arrondies. Les montagnes, les routes incurvées sur les versants verdoyants, chaque coin de Chongqing se repliaient en de multiples couches autour de nous.

Parler à Guo Jin  révèle mes sentiments éprouvés quant à la ville de Chongqing: il est tout aussi chaleureux, attrayant et très optimiste.
Converser avec lui c'est déjà entrer en communication avec sa peinture, évidemment indissociable de lui, on la sent présente à chaque instant .
Lorsque le public observe les oeuvres de Guo Jin, son sentiment a tendance à varier d’une façon des plus significatives; certains peuvent y voir des éléments joyeux, tandis que d’autres perçoivent quelques sombres mystères.
Dans son travail les enfants occupent une place essentielle. Il y sont simultanément juvéniles mais aussi profondément préoccupés par le monde des adultes. On  peut être saisi par la profondeur de leurs regards qui atténuent le ressenti joyeux tout d'abord inspiré par le décor. Les enfants ne semblent pas être très enthousiasmés par leurs rôles dans la pièce. L'ennui est dépeint sur leurs visages, on a l’impression qu'ils sont là pour le plaisir du public uniquement. De cette façon, nous sommes rappelés immédiatement à la réalité. C’est ainsi que, tout d’abord,  les oeuvres de Guo Jin pénètrent mon regard au travers de sensations joyeuses véhiculées par ces enfants,  puis successivement, ils invoquent mon imagination et les multiples facettes de l'humanité, qui est assurément l'interaction et la coexistence des illusions mêlées à la réalité.

C’est là-même le souhait de l’artiste, il espère que la personne qui regarde ses toiles soit transportée  par ses enfants vers un monde imaginaire sans frontières.
Son art n’est pas dans le jugement, la critique, ou dans l’expression de l’ironie.
Son travail est ce qu’il est, authentique, sincère, succinct.

Le sujet et le contenu pictural de l’oeuvre de Guo Jin est chargé de rythmes. En termes de structure picturale, les coloris purs de l'arrière-plan, juxtaposent  les textures colorées et les éléments d’une manière très contrastée.
Leurs dispositions créent un vaste et envahissant espace qui semble déborder de la toile. En voyant les diptyques ou les triptyques de Guo Jin, comme l’intitulé “Dîner” (1993), ou une autre scène rassemblant plusieurs enfants au sein d’un même espace pictural, je méditais immédiatement sur la relation des figures. Ses textures qui découpent leurs silhouettes semblent répandre la lumière sur un passé mémorable, ainsi, l’observateur est invité à un sentiment de réminiscence.
C’est donc ainsi que d’une part Guo Jin intentionnellement, incite l'observateur à regarder de plus près les figures enfantines et d’autre part laisse les teintes de ses espaces picturaux plonger celui-ci dans un scénario nostalgique dans lequel les enfants semblent survenir du passé.

Depuis 1992, Guo Jin a exploré l’enfance en tant que problématique. Ses dernières années, il a aussi représenté la nature, des scènes d’animaux, d’arbres, d’oiseaux, etc. Son travail intitulé “Aurore” (2007), par exemple, dénote un état d’harmonie et de sérénité. La lumière est subtilement reflétée sur le sol, l’avant-plan est comblé par le paysage d’arbres, et leurs fines branches allongées s’étendent vers le haut, poussant d'une manière très gracile, évoquant une esthétique poétique et silencieuse.

(…) Je peux aisément concevoir que l'observateur qui aime vraiment les oeuvres de Guo Jin partage certains éléments communs - pureté, authenticité et sincérité - croyant passionnément aux bonnes vertus de l'humanité.

Vanessa Wong, 2007
Traduit par Elisabeth Lambert







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