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C’est quoi une image ? Comment c’est fabriqué ? Comment lui donner sens ? Comment construire une forme pour révéler un sens ?
La question de l’image est la perpétuelle interrogation de Jean-René Hissard : Qu’est-ce qu’on voit quand on voit ? Cette quête se trouve condensée dans ses tableaux, et il convient donc d’en faire simultanément deux lectures, l’une érudite, l’autre d’intuition sensible.

Jean-René Hissard insuffle à l’association Clovis Trouille une précieuse dynamique dans l’ambition qu’elle s’est fixée : créer une petite famille militante de peintres qui, comme Trouille, choisissent l’affirmation de la réalité interne au mépris des vicissitudes du marché de l’art . C’est un « dénicheur » à l’œil sûr qui ne transige pas avec la qualité de la peinture.

Professeur en Ecole d’Art, Jean-René Hissard nourrit son inspiration, en bon pédagogue qu’il est, à de multiples sources. En premier lieu bien-sûr, l’histoire de l’art, car ses œuvres sont charpentées, sous-tendues, par la connaissance de l’imagerie classique, et de l’art de la composition. Mais Jean-René Hissard aime les contrastes et les confrontations. Il est pétri d’imagerie populaire, et tous les prétextes sont bons pour que des figures « trouble-fêtes » viennent bousculer la sensibilité du spectateur. Humour grinçant parfois, prenant une multitude de formes allant de l’allégorie à l’exhibitionnisme.

C’est ainsi qu’on se promène dans un tableau de Jean-René Hissard, chatouillé par l’image, et que plusieurs chemins s’offrent au regard. On peut s’y engager avec le sentiment d’entrer dans un conte, mais le petit chaperon rouge que nous devenons se promène en ville, sous surveillance, et ne peut oublier qu’il est bien au XXI éme siècle : personne ne viendra le secourir !
Au croisement des lignes de construction du tableau, nous voici donc mi fasciné, mi effrayé par des présences surnaturelles, intemporelles: ici un arbre qui semble l’avatar de tous les arbres de la création, là un monde de nains et de géants. Ici encore une humanité grouillante autant que solitaire, même dans la copulation, là des gueux grimaçants. Ils sont tout à la fois les rebuts de notre société de consommation, et les gardiens des vieux mythes .
Chez Hissard, le geste est sûr, la matière très présente: c’est une peinture de l’élan, de la trace, qui fuit la naïveté en servant l’horreur et le grotesque, mais aussi le plaisir et le sublime .

Participant de la figuration contemporaine, il semble que pour Hissard l’idée de l’icône soit toujours présente. Mais les artifices de la vénération sont détournés pour mettre à bas la bien-pensance. Le christ hilare de Trouille du « Grand poème d’Amiens » rirait-il du même éclat au centre d’un tableau de Hissard ? La capacité de provocation de ce peintre permet de le penser. Pour autant, au cœur de la dérision, Hissard affirme une haute opinion de la peinture : « La peinture, c’est du temps en pâte. »

L’image peut apprendre à vivre : cette vérité à redécouvrir est la proposition de Jean-René Hissard. Proposition salutaire en un temps de “société du spectacle”, qui nous place en position de voyeur passif: tout doit être montré, dans ce monde d’ individualisme, de solitude et de pensée conforme.
Hissard montre, mais détourne. La voie qu’il propose rend actif, permet de saisir une série de formes dans leurs imbrications, d’avoir à lire l’anamorphose, et offre à chacun de voir son double, car Hissard est un témoin attentif et amusé de son temps.

Fabienne Pons







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