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Léonard Costello travaille avec un ordinateur, ce qui permet d’inverser l’ordre du temps, de revenir en arrière. On a droit au repenti, au gommage, au voyage à la carte.  Il précise : « C’est merveilleux de découvrir, tout en gardant la lucidité de conserver, seulement les éléments de qualité. »
D’où vient ce sentiment de voyage sensible dans une œuvre où chaque élément semble animé d’une vie propre? Il serait vain d’attendre d’un ordinateur de la poésie et de l’intention. Alors?
Ce n’est pas le champ visuel qui sous-tend ce qui se crée, mais bien l’image mentale : Léonard Costello n’a devant les yeux, durant les longues heures de genèse,  qu’une vignette, infime partie de l’œuvre. La vision de l’ensemble est donc en permanence à garder en mémoire. Ainsi, le moment venu, les liens et la circulation se font entre les structures.
De fait, Léonard Costello explique que « chaque ligne et chaque masse dégage une densité propre; chaque point qui constitue les éléments doit être sur son plan ; ces plans s’équilibrent et se répondent. »
Pour le spectateur, les ressentis sont multiples. Souvent émerge un sentiment de vue cosmique ou microscopique. Léonard Costello pense que c’est quelque chose qui se développe naturellement à cause du procédé même: le travail sur l’ordinateur est infini, il n’a pas de fond, pas de limites gauche/droite, haut/bas..
L’image obtenue serait donc la propre métaphore du procédé de création. Plus on regarde les dessins de Léonard Costello, plus on plonge dans une matière sans limite, plus on atteint un autre niveau de conscience et une autre réalité. C’est une mise en abîme, qui fait toute la poésie de son œuvre et laisse advenir une dimension affective. Pour y participer, la densité des éléments est fondamentale : la confrontation de leurs différences fait apparaitre le vivant de ses matières. On peut passer d’un éclat métallique supra réaliste à un velouté charnel. La déclinaison des noirs est si subtile qu’on y retrouve des émotions calligraphiques. Des effets d’optiques se créent, par la relation des couleurs entre elles. Comme en musique les silences remplissent la part de vide qui est ici dans ces dessins  considérables.
Subjectivement, on perçoit des recouvrements,  suggérant des empilements de temps, de civilisations ; des déchirures, des arrachés aussi, qui libèrent un pan de mondes cachés. Des yeux émergent, des cavités : grotte du Minotaure ?
Parfois, Léonard Costello travaille à quatre mains avec son père, Jean-Olivier Hucleux. Nous prenons la mesure de cette alliance, comme une expérience rare et précieuse dans le monde de l’art. Il n’est pas question pour eux de rapport de maître à élève, mais plutôt de grammaire, entre déclinaison et conjugaison. Tous deux cherchent à donner forme à une quête : interroger les confins, l’infini. Cette tentative qui prend aujourd’hui la forme d’un travail par informatique est la continuité logique de leurs parcours réciproques.
Il serait facile de voir en Léonard Costello un ascète de la peinture. Côtoyer l’immensité rend humble et confronte l’artiste à un émerveillement permanent.
Cette recherche prend pour lui une dimension éthique : L’émotion se vit et ne se dit pas. Comme le souligne le philosophe de l’art Serge Carfantan : « Il n’y a dans l’art aucun « objet », il n’y a que le sujet, la Vie se donnant à elle-même ».

Fabienne Pons







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