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Toute œuvre de Michel Iriarte est toujours menacée de retourner, dans un délai plus ou moins bref, à l’état de matière incréée avant de pouvoir reprendre forme et vie dans une composition nouvelle. Chez lui, rien ne se perd tout à fait sinon les fugacités plastiques qui lui sont indifférentes, car tout l’œuvre est un processus de métamorphose discontinu. Ce qui fait œuvre en réalité est moins un objet qu’un acte.
Michel Iriarte ne pense pas que l’art contemporain a pour mission de dissimuler la laideur de l’environnement urbain. Sa mission, si un tel mot peut lui être appliqué, serait au contraire de nous révéler cette laideur, ce misérabilisme, cette apathie sur lesquels l’homme moderne a trop souvent calqué ses valeurs esthétiques et son prétendu « bon goût ».
L’activité créatrice de Michel Iriarte commence par s’exercer hors de l’atelier. Il s’agit de récupérer la matière brute. S’il trie, c’est presque exclusivement pour obéir à un jeu très primaire de sensations tactiles, olfactives et visuelles. Aussi cette matière première est-elle enlevée, pliée ou enroulée sans précautions. L’acte de s’emparer des oripeaux les plus spectaculaires de la mégapole doit être une source d’intimes jouissances.

La matière qui semble satisfaire Michel Iriarte consiste en morceaux plus ou moins épais de papiers, gommes, enduits, encres et résidus de plâtres ayant été altérés, préparés, pré-traités en quelque sorte par les intempéries, la pluie, le vent, le soleil, la boue et toutes sortes d’éclaboussures, comme fientes de ramier ou giclées de graisse. Mais il ne donne pas dans ce qu’il est convenu d’appeler depuis les situationnistes l’art du détournement sémantique, pour cette raison qu’il ne cherche pas à tirer parti des effets que peuvent produire les brouillages de message, ou les ajustements de signes, de lettres, de formes ou de couleurs. Ce n’est pas son objectif. Si cela a lieu, c’est à son insu. Il l’attribue alors au matériau et non au créateur.

La plupart des travaux exposés a été effectuée au dos d’anciennes affiches. Les sédiments de colle, de papier et de plâtre offrent une surface riche d’accidents de toute sorte que le créateur évite d’altérer par de l’enduit ou des colorants. Travailler sur ce matériau brut, détaché de , ou arraché à, ses supports urbains, doublement dévalorisés en tant qu’image et message par arrachage et retournement, s’avère une fonction hautement érotique. Aussi n’est-on pas étonné de voir émerger de cette matière irrégulière, informe, qui se moque des angles droits du tableau de chevalet, tantôt des nus féminins, tantôt des croupes chevalines.  Chaque composition est le résultat d’un corps à corps engagé entre le peintre et son matériau…comme si l’artiste ne pouvait être le témoin que de ce qui se détache de lui, de ce qui le quitte, de ce qui le fuit inexorablement, comme ce nu dont le modèle s’est évaporé n’offrant de lui qu’une empreinte sans âge, toute pariétale.

Michel Iriarte est au prise avec le mouvement mais celui-ci offre toujours la même orientation. Il emprunte de telles lignes de fuite qu’on n’est jamais certain d’avoir à faire à un sujet : l’essentiel étant la matière et l’échange produit entre un geste et la résistance à un matériau. Tout peut encore être effacé dès que le geste s’interrompt. Aucune composition ne porte les stigmates de la totalité accomplie. L’artiste nous permet cependant de vivre une expérience peu commune par ces excavations ouvertes sur son monde intérieur.
A quel moment sait-on quand il faut s’arrêter ?: « Quand cela ne ressemble plus à ce que je connais déjà ! » Entendons : « Quand le modèle qui me hante n’est plus reconnaissable. » 

Le geste contre la parole, le mouvement contre l’idée, les dérapages de brosse contre le cadrage. Par tous les moyens l’artiste cherche à échapper à l’image qui le hante encore. Tout est furtif et convulsif. Voilà comment Michel Iriarte, ermite au cœur le la cité iconophage, parvient à s’accrocher au réel, au fond de son atelier-caverne d’Ivry-sur-Seine.

Bernard Lehembre – 1994 – extraits de l’hommage amical composé à la suite de l’ouverture au public des ateliers d’artistes de la ville d’Ivry.
Depuis 2002 Michel Iriarte vit et peint dans le Gard.











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