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La pratique de la peinture chez Moo Chew Wong est un raid ritualisé contre le temps hyper court qui régit une nature entièrement hominisée. Il peint à plat au sol, sur le motif, sans reprises ni repentirs, entièrement dans l’instant, qui coïncide avec le temps de la séance de peinture. Une toile sert de palette pendant que l’autre est en train de se faire. La peinture est issue non pas d’un savoir, d’une esthétique, mais d’un vécu, d’une perception intense, d’une lutte avec la matière picturale, d’une course contre la montre, et d’une sorte de terreur sacrée éprouvée devant la nouvelle nature des choses.

Pour peindre les paysages en mouvement d’aujourd’hui, capter en un éclair ces histoires de pénétration soudaine, de viol, de brusques orages machiniques(non plus divins mais humains), fixer ces apparitions-disparitions cataclysmiques d’un Homme devenu catastrophe naturelle permanente, il ne faut pas se laisser surprendre, il faut « tirer » plus vite que son ombre, quasiment à la vitesse de la lumière.
Voilà le monde de maintenant, tel qu’il est devenu et tel qu’un homme de maintenant : Moo u Wong, le voit, fraîchement craché sur la toile encore fumante ! Cela donne une peinture chargée d’émotion, « rentre dedans »…un tableau est né.
Ce véritable défi pictural, cette façon très moderne – sportive et « à risque » - d’aborder la peinture a des références dans l’histoire de l’art. Précisément comme dans les arts martiaux, comme pour l’archer, tout est dans l’œil et dans la main, dans un court-circuit entre la perception, la vision et l’exécution. C’est à travers cet engagement physique total que Moo u Wong retrouve la Tradition qu’au demeurant il connaît parfaitement…Celle de la grande peinture chinoise de paysage : sismographie du corps, émotion maîtrisée face au réel, traduite dans une écriture sensible, à la fois mentale et corporelle.

Jean-René Hissard, novembre 2000, pour l’exposition « Paysage : Banlieue » à Saint-Denis

Notre ami Jean-René, alors Directeur de l’Ecole d’arts plastiques de Saint-Denis, et conseiller auprès de la Direction de la Culture de la ville, rendait ainsi hommage à Moo u Wong, artiste résident de la ville de Saint-Denis qui  réalisa sur le motif, en public et en « immersion » une série de toiles de grands formats.
Aujourd’hui, Moo u Wong rejoint notre groupe d’affiliés sans rien avoir perdu de ce qui est sa spécificité : une peinture du jet, le trait du tir à l’arc, une imposante quantité de matière traitée exclusivement au couteau et un travail sur le motif.
Cependant, il serait bien naïf d’imaginer que ces exécutions si vives sont le fruit du hasard de l’instant : Moo u Wong fait toujours un travail d’observation très précis, il intègre sa cible.
Ainsi, lorsqu’il peint, comme récemment, dans les musées d’arts contemporains ce que lui inspire certaines œuvres, il n’arrive avec ses instruments qu’après des repérages très techniques. Il dispose ensuite de peu de temps – autorisations et fermeture obligent – pour réaliser ce qu’il convient d’appeler une performance. « C’est ce qui donne la tension, l’énergie. Il ne reste que l’essentiel » précise-t-il.
Ainsi encore,  lorsqu’il figure les belles qui s’offrent dans les annonces de charme des « gratuits » parisiens, a-t-il bien pris le temps de s’abîmer dans la contemplation des toutes petites vignettes. Le journal refermé, c’est une représentation fantasmée qui jaillit sur la toile : le trait est tiré. Si la page est à nouveau ouverte, c’est pour prélever le numéro de l’annonce, strictement respecté, qui devient ainsi la carte d’identité du tableau.
Moo u Wong rêve qu’à partir de ça, on puisse retrouver la personne…Dans une autre réalité sans doute,  celle d’un espace imaginaire, et grâce à son talent, ces pin-up érotiques et mystérieuses ont bien changé de domicile.

Fabienne Pons














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