Galerie des Affiliés > Nathalie BOURGEY-BIRON
Nathalie Bourgey-Biron a dix ans lorsqu’elle commence
à se faire des vêtements, et la peinture est sa
respiration depuis l’adolescence. Entre Nathalie et ses
robes, c’est du cousu-main, c’est du
cousu-cœur. Chacune témoigne d’une
vision poétique du vêtement, d’une
tension entre ce qui est révélé et ce
qui est masqué, entre le fluide et le raide, entre le
fragile et le robuste. Traits de caractère presque humains
des tissus. Amoureuse des matières les plus
précieuses, elle les combine avec audace, mais sans
démesure. Ses robes sont portables, elles attendent leur
hôte féminine pour bruisser à Venise ou
glisser sur un parquet ciré.
Nathalie Bourgey - Biron s’adonne à une peinture essentiellement onirique et surréaliste. Elle travaille sur une toile très fine qui confère une légèreté particulière à la matière. Elle dépeint les conjonctions d’univers opposés. De ces improbables rencontres naît un mystère qui invite le spectateur à l’appropriation narrative.
Sombre, sensuelle, troublante, élégante, précieuse, bruissante, mystérieuse … On peut qualifier la robe « bouches cousues » de Nathalie Bourgey-Biron, comme on dépeindrait une des belles femmes ambiguës qui peuplent l’univers Baudelairien. C’est que les modèles uniques crées par Nathalie Bourgey-Biron sont vivants et forment « peau » . Trois éléments constituent cette robe qui a été exposée au Musée de la Dentelle en 2007/2008: une jupe et, ornés de motifs de bouche, un corset drapé d’étoffe en lurex noir et une sur-jupe en crin noir. Sur le corset, la large bouche repose sur l’épaule, comme un oiseau de Paradis, comme le double sensuel que chaque femme promène, projette ou intériorise, qu’on lui impose parfois.
Bouche de celle qui nourrit et de celle qui aime ? De celle qui parle ou se tait ? Bouche, béance ou porte close entre le dehors et le dedans des choses, des êtres. Création conforme à la tentative de Nathalie : « Construire autour du corps des creux et des vides. Faire exister la troisième dimension. ». Nathalie le fait au sens propre : ici et là, quelques trous circulaires dans le tulle crème le plus léger qui forme la dernière strate d’une autre robe…que dit ce vide, cette circulation proposée au regard ? A chacun de s’en emparer, une chose est sûre : ils sont à la fois entité et passage. Ses deux années de stylisme à New-York l’ont-elle aidée à s’éloigner définitivement des poncifs ? Peut-être, mais elle avait déjà prouvé son audace au jury du concours des « Créaciers », dont elle a été la lauréate en 1989 avec une robe métal.
La recherche de Nathalie Bourgey-Biron se décline. Les moyens sont différents, mais la même rigueur prédomine, quasi mathématique, avec un mot d’ordre : « construction ». En couture, nécessité de construire en effet, quand, comme elle, on travaille les tissus « dans le biais ». Pas d’industrialisation possible avec une telle technique : les éléments sont forcément assemblés d’abord à la main, pièce à pièce. C’est un travail à la marge, sur le « fil » du rasoir. Construction encore, mentale cette fois, par la nature même des tissus, des étoffes qui doivent s’exprimer sans se contrecarrer, et répondre au désir de la commanditaire, lui ressembler. Pour y parvenir, Nathalie Bourgey-Biron n’impose rien, elle s’imprègne plutôt de l’autre, elle doit « ressentir » ses envies. Mousseline et crêpe de soie, dentelle perlée, sont quelques exemples de ses matières de prédilection.
Pour préparer sa peinture, Nathalie Bourgey-Biron ne quitte jamais son carnet de croquis. Scènes de campagne en solitaire quand elle désire se ressourcer, s’imprégner du sentiment du vaste. Plus souvent, les représentations du grand théâtre humain lui fournissent un riche matériau d’inspiration: l’opéra qu’elle affectionne, la corrida, ou encore les matchs de rugby ; et elle y plonge dans cette mêlée ! Les formidables muscles en action, ces volontés à l’œuvre, lui ont imposé un format, très étroit tel un panneau de paravent. Assemblée en 6 ou 8 pièces, cette déclinaison en gros plans de postures et d’actions s’impose au spectateur de manière saisissante.
Mais peindre pour Nathalie, c’est aussi puiser dans ses rêves, et se laisser porter. Les deux œuvres qu’elle propose pour l’exposition – vente de juin ne sont pas le fruit de dessins sur le motif, mais ceux d’un voyage intérieur. Surréalisme donc. Et le choix, là encore, d’adapter matière de la toile et fonds légers au propos. Si « La marraine de Cendrillon n’exerce plus », qui achèvera l’incarnation de cet être de bulles ? A moins que nous n’assistions à sa disparition ? Exit le rêve par les temps qui courent ?
Le tableau « Mercure » peut évoquer « L’heure sentimentale » de Trouille, à cause de ce temps arrêté qui fait pressentir l’heure des transformations. Un sentiment de faux-semblant ,
renforcé par le liquide en premier plan – mercure – fait miroir : ce qui se joue là, ce jeu double, nous intrigue, nous provoque. C’est cela aussi « Faire exister la troisième dimension » ?
Fabienne Pons, avril 2008
Nathalie Bourgey - Biron s’adonne à une peinture essentiellement onirique et surréaliste. Elle travaille sur une toile très fine qui confère une légèreté particulière à la matière. Elle dépeint les conjonctions d’univers opposés. De ces improbables rencontres naît un mystère qui invite le spectateur à l’appropriation narrative.
Sombre, sensuelle, troublante, élégante, précieuse, bruissante, mystérieuse … On peut qualifier la robe « bouches cousues » de Nathalie Bourgey-Biron, comme on dépeindrait une des belles femmes ambiguës qui peuplent l’univers Baudelairien. C’est que les modèles uniques crées par Nathalie Bourgey-Biron sont vivants et forment « peau » . Trois éléments constituent cette robe qui a été exposée au Musée de la Dentelle en 2007/2008: une jupe et, ornés de motifs de bouche, un corset drapé d’étoffe en lurex noir et une sur-jupe en crin noir. Sur le corset, la large bouche repose sur l’épaule, comme un oiseau de Paradis, comme le double sensuel que chaque femme promène, projette ou intériorise, qu’on lui impose parfois.
Bouche de celle qui nourrit et de celle qui aime ? De celle qui parle ou se tait ? Bouche, béance ou porte close entre le dehors et le dedans des choses, des êtres. Création conforme à la tentative de Nathalie : « Construire autour du corps des creux et des vides. Faire exister la troisième dimension. ». Nathalie le fait au sens propre : ici et là, quelques trous circulaires dans le tulle crème le plus léger qui forme la dernière strate d’une autre robe…que dit ce vide, cette circulation proposée au regard ? A chacun de s’en emparer, une chose est sûre : ils sont à la fois entité et passage. Ses deux années de stylisme à New-York l’ont-elle aidée à s’éloigner définitivement des poncifs ? Peut-être, mais elle avait déjà prouvé son audace au jury du concours des « Créaciers », dont elle a été la lauréate en 1989 avec une robe métal.
La recherche de Nathalie Bourgey-Biron se décline. Les moyens sont différents, mais la même rigueur prédomine, quasi mathématique, avec un mot d’ordre : « construction ». En couture, nécessité de construire en effet, quand, comme elle, on travaille les tissus « dans le biais ». Pas d’industrialisation possible avec une telle technique : les éléments sont forcément assemblés d’abord à la main, pièce à pièce. C’est un travail à la marge, sur le « fil » du rasoir. Construction encore, mentale cette fois, par la nature même des tissus, des étoffes qui doivent s’exprimer sans se contrecarrer, et répondre au désir de la commanditaire, lui ressembler. Pour y parvenir, Nathalie Bourgey-Biron n’impose rien, elle s’imprègne plutôt de l’autre, elle doit « ressentir » ses envies. Mousseline et crêpe de soie, dentelle perlée, sont quelques exemples de ses matières de prédilection.
Pour préparer sa peinture, Nathalie Bourgey-Biron ne quitte jamais son carnet de croquis. Scènes de campagne en solitaire quand elle désire se ressourcer, s’imprégner du sentiment du vaste. Plus souvent, les représentations du grand théâtre humain lui fournissent un riche matériau d’inspiration: l’opéra qu’elle affectionne, la corrida, ou encore les matchs de rugby ; et elle y plonge dans cette mêlée ! Les formidables muscles en action, ces volontés à l’œuvre, lui ont imposé un format, très étroit tel un panneau de paravent. Assemblée en 6 ou 8 pièces, cette déclinaison en gros plans de postures et d’actions s’impose au spectateur de manière saisissante.
Mais peindre pour Nathalie, c’est aussi puiser dans ses rêves, et se laisser porter. Les deux œuvres qu’elle propose pour l’exposition – vente de juin ne sont pas le fruit de dessins sur le motif, mais ceux d’un voyage intérieur. Surréalisme donc. Et le choix, là encore, d’adapter matière de la toile et fonds légers au propos. Si « La marraine de Cendrillon n’exerce plus », qui achèvera l’incarnation de cet être de bulles ? A moins que nous n’assistions à sa disparition ? Exit le rêve par les temps qui courent ?
Le tableau « Mercure » peut évoquer « L’heure sentimentale » de Trouille, à cause de ce temps arrêté qui fait pressentir l’heure des transformations. Un sentiment de faux-semblant ,
renforcé par le liquide en premier plan – mercure – fait miroir : ce qui se joue là, ce jeu double, nous intrigue, nous provoque. C’est cela aussi « Faire exister la troisième dimension » ?
Fabienne Pons, avril 2008
