Galerie des Affiliés > Pierre PREVOST
Si la résistance au « progrès
» produisait partout les mêmes effets : un retour
archaïque aux matériaux
élémentaires qui à leur tour dictent
des formes, entre l_art populaire défunt et le
pôle idéal de l_Art Brut, naîtraient les
créations spontanées d_autodidactes marginaux.
Leurs oeuvres, nées des même contraintes et
s_appuyant sur les mêmes matériaux, fonderaient
les bases d_une internationale de l_esthétique en
résistance à la déshumanisation du
monde ! L_oeuvre et l_univers de Pierre Prévost,
créateur singulier français vivant aux
frontières du département de l_Aveyron et du Lot,
en seraient une illustration. Son inspiration et ses
créations le rapprochent en effet des meilleures
réalisation du Folk Art américain tandis qu_il
pourrait également revendiquer sa filiation avec les
auto-constructeurs et autres an architectes du Nouveau Monde.
Pierre Prévost est né en 1942. Il ne peut se revendiquer de l’Art Brut : il a « fait les Écoles » : Arts appliqués de Paris, Beaux-Arts pour obtenir un Brevet en Esthétique industrielle et devenir designer. Mais ce qu_il partage avec de nombreux créateurs d_Art Brut, c_est la rupture qui survient à l’âge mûr. C_est la rencontre avec un espace, un lieu à investir qui sera le déclencheur« Vers la cinquantaine quand j_ai commencé la sculpture, ma nouvelle identité m_a sauté sur l_os comme un chien sur le paletot. Je me disais cette fois je vais faire tout ce que j_ai envie. »
Aller chez Pierre Prévost c’est déjà toute une aventure initiatique : Au dehors, une foule de personnages semble escorter le visiteur à moins qu_elle ne l’attende ou même l_espionne. L’intérieur est un fabuleux capharnaüm plein à craquer d_une création ininterrompue d_une inventivité à couper le souffle. Des centaines et des centaines de pièces de toute nature, de toutes formes, de tous formats. La création chez Pierre Prévost est comme la nature chez Aristote : elle a horreur du vide !
Certes, les sculptures ont la part belle ! Mais d’autres expressions plastiques aussi avec des papiers marouflés sur ardoises, des découpes d_aluminium qui s’assemblent pour former d’immense panneaux aux archaïques et énigmatiques messages. Mais cette masse proliférant ne peut rester enfermée : partout des sculptures animalières et anthropomorphes colonisent l’espace environnant. C_est une véritable armée populaire et disparate qui, en ordre dispersé envahit le sous-bois, foultitude de gueux merveilleux, de glorieux va-nu-pieds, splendides déclassé dont les couleurs et les expressions font oublier la pauvreté des matériaux et la simplicité des assemblages. Car toute cette Commedia dell’ARTE vient de nos rebuts, de nos poubelles et des décharges d’ordures !
Mais d’où peut donc provenir cette formidable inventivité ? De quelle imagination délirante? Pierre Prévost va donner raison à Jean Dubuffet, il ne s’agit pas ici d_imagination : « Ce sont les matériaux qui me guident ». Et ce n’est pas une boutade, il faut prendre ces propos au pied de la lettre. A l_entrée de ses terrains, camouflés par une palissade de bois, Pierre Prévost a entassé les objets récupérés dans les décharges. Il dit parlant d_eux: « C’est mon vocabulaire!» L’essentiel pour lui est d_en rendre les multiples expressions possibles ; ce sont les infinies variations des matériaux entre eux qui se révèlent riches d_une communication indéfinie.
Pierre Prévost qualifie ses sculptures de « fétiches ». Nous nous émerveillons devant leurs formes inventives et ludiques, nous nous extasions des sublimations subies par les objets les plus banals en oubliant leurs usages antérieurs. Une anecdote ici est révélatrice. Un jour, un africain vient visiter le site et s’exclame : « Tu es Féticheur ! Quels sont tes Esprits ? ». Impossible pour lui de croire qu_il s’agit d’un jeu gratuit, seulement esthétique ! Il y a nécessairement autre chose ! Ainsi, l’art populaire comme les arts dits premiers- et peut être alors aussi l’Art Brut, avant d_être l’objet d’une contemplation et d’une jouissance désintéressées ont été résolument utilitaires! Spirituellement utilitaire dans notre cas sous la forme du fétiche qui met en contact avec des forces naturelles occultes. Matériellement utilitaire car dans les campagnes, dans le monde rural traditionnel en voie de disparition, rien ne se jette, tout peut servir, tout se recycle ; l_art étant alors la forme ultime de récupération du déchet dont l’épouvantail est le meilleur exemple !
Mais Pierre Prévost est aussi le paysagiste de la décrépitude du monde paysan, le jardinier des décharges rurales, le metteur en scène d’une vie à l_agonie. Ses oeuvres sont bien des fétiches qui exorcisent une nature à l’aube d_un abandon, une nature dénaturée qu_ils vont de nouveau ré-enchanter.
Extraits d’un hommage de Jean-François MAURICE - Bélaye, février 2007.
Pierre Prévost est né en 1942. Il ne peut se revendiquer de l’Art Brut : il a « fait les Écoles » : Arts appliqués de Paris, Beaux-Arts pour obtenir un Brevet en Esthétique industrielle et devenir designer. Mais ce qu_il partage avec de nombreux créateurs d_Art Brut, c_est la rupture qui survient à l’âge mûr. C_est la rencontre avec un espace, un lieu à investir qui sera le déclencheur« Vers la cinquantaine quand j_ai commencé la sculpture, ma nouvelle identité m_a sauté sur l_os comme un chien sur le paletot. Je me disais cette fois je vais faire tout ce que j_ai envie. »
Aller chez Pierre Prévost c’est déjà toute une aventure initiatique : Au dehors, une foule de personnages semble escorter le visiteur à moins qu_elle ne l’attende ou même l_espionne. L’intérieur est un fabuleux capharnaüm plein à craquer d_une création ininterrompue d_une inventivité à couper le souffle. Des centaines et des centaines de pièces de toute nature, de toutes formes, de tous formats. La création chez Pierre Prévost est comme la nature chez Aristote : elle a horreur du vide !
Certes, les sculptures ont la part belle ! Mais d’autres expressions plastiques aussi avec des papiers marouflés sur ardoises, des découpes d_aluminium qui s’assemblent pour former d’immense panneaux aux archaïques et énigmatiques messages. Mais cette masse proliférant ne peut rester enfermée : partout des sculptures animalières et anthropomorphes colonisent l’espace environnant. C_est une véritable armée populaire et disparate qui, en ordre dispersé envahit le sous-bois, foultitude de gueux merveilleux, de glorieux va-nu-pieds, splendides déclassé dont les couleurs et les expressions font oublier la pauvreté des matériaux et la simplicité des assemblages. Car toute cette Commedia dell’ARTE vient de nos rebuts, de nos poubelles et des décharges d’ordures !
Mais d’où peut donc provenir cette formidable inventivité ? De quelle imagination délirante? Pierre Prévost va donner raison à Jean Dubuffet, il ne s’agit pas ici d_imagination : « Ce sont les matériaux qui me guident ». Et ce n’est pas une boutade, il faut prendre ces propos au pied de la lettre. A l_entrée de ses terrains, camouflés par une palissade de bois, Pierre Prévost a entassé les objets récupérés dans les décharges. Il dit parlant d_eux: « C’est mon vocabulaire!» L’essentiel pour lui est d_en rendre les multiples expressions possibles ; ce sont les infinies variations des matériaux entre eux qui se révèlent riches d_une communication indéfinie.
Pierre Prévost qualifie ses sculptures de « fétiches ». Nous nous émerveillons devant leurs formes inventives et ludiques, nous nous extasions des sublimations subies par les objets les plus banals en oubliant leurs usages antérieurs. Une anecdote ici est révélatrice. Un jour, un africain vient visiter le site et s’exclame : « Tu es Féticheur ! Quels sont tes Esprits ? ». Impossible pour lui de croire qu_il s’agit d’un jeu gratuit, seulement esthétique ! Il y a nécessairement autre chose ! Ainsi, l’art populaire comme les arts dits premiers- et peut être alors aussi l’Art Brut, avant d_être l’objet d’une contemplation et d’une jouissance désintéressées ont été résolument utilitaires! Spirituellement utilitaire dans notre cas sous la forme du fétiche qui met en contact avec des forces naturelles occultes. Matériellement utilitaire car dans les campagnes, dans le monde rural traditionnel en voie de disparition, rien ne se jette, tout peut servir, tout se recycle ; l_art étant alors la forme ultime de récupération du déchet dont l’épouvantail est le meilleur exemple !
Mais Pierre Prévost est aussi le paysagiste de la décrépitude du monde paysan, le jardinier des décharges rurales, le metteur en scène d’une vie à l_agonie. Ses oeuvres sont bien des fétiches qui exorcisent une nature à l’aube d_un abandon, une nature dénaturée qu_ils vont de nouveau ré-enchanter.
Extraits d’un hommage de Jean-François MAURICE - Bélaye, février 2007.
